Mâäk, Nine (Label Werf)

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Voici le septième album de Mâäk, formation à géométrie variable dont le personnel a évolué au fil du temps, des voyages et des rencontres. Laurent Blondiau a réuni ici un quintet comprenant batterie (l’inventif João Lobo qu’on a déjà pu apprécier au sein du trio de Manu Hermia) et quatre souffleurs : aux côtés de Laurent (trompette et bugle), on retrouve, au ténor et au soprano, Jeroen Van Herzeele, le compagnon de la première heure ; à l’alto et au soprano, Guillaume Orti, découvert au sein d’Octurn comme de Kartet et, enfin, l’incontournable Michel Massot à l’euphonium et au tuba basse. Voilà, sans doute, la meilleure équipe formée jusqu’à présent parce que constituée de fortes personnalités, parfaitement complémentaires : un vrai collectif interactif au sein duquel chacun est instrumentiste hors pair, improvisateur et compositeur original. Ce qui frappe, dès la première écoute, c’est le son d’ensemble, riche et puissant, un peu à la manière de Rêve d’Eléphant Orchestra, mais aussi l’interactivité constante entre musiciens : quand l’un prend un solo, les autres interagissent derrière en contrechant. On trouvait déjà les quatre souffleurs, cette fois avec le Hongrois Tamás Geröly à la batterie, sur le précédent album « Buenaventura », mais, pour cet album, Laurent avait fait appel à pas moins de huit invités différents, intervenant selon les plages, ce qui pouvait donner une impression de dispersion, à l’inverse de la totale cohésion affichée ici tant dans le jeu que dans l’écriture toujours originale et d’une profonde communauté d’esprit. Au répertoire : sept longues compositions originales, deux de Laurent Blondiau (Nine et Lolo Kojo), deux de Michel Massot (Propiac, Mâäk 2012), une de Guillaume Orti (Morceau Plat), une de João Lobo (10 de Novembro) et une imaginée en commun (Ah, le beau mois de mai) et puis une série de plus courtes improvisations collectives qui interviennent comme des respirations entre les compositions. Enfin, le thème Up Jumped Spring de Freddie Hubbard, dans un arrangement de Guillaume Orti inspiré par un chorus du guitariste Gábor Gadó, l’un des principaux invités de Buenaventura. Au total, une musique éminemment festive. A juste titre, Laurent Blondiau parle de « musique de transe » : effectivement, on est réellement transporté par la riche palette sonore du groupe et ses capacités de polyphonies. Prenons quelques exemples. Dans Propiac, une superbe composition que Michel Massot avait déjà enregistrée en trio avec Tuur Florizoone et Marine Horbaczewski, sur la ligne de basse du gros tuba, la trompette bouchée introduit la mélodie langoureuse, bientôt rejointe par l’alto et le ténor : un des plus beaux morceaux de l’album. On retrouve la même superposition de couches sur Nine où ténor, trompette, alto et tuba s’entremêlent, portés les percussions inventives de João Lobo qui, comme sur Morceau Plat, à la batterie, mêle cymbales chinoises et grincement de l’archet sur la grande cymbale. Enfin, sur Mâäk 2012, après une intro de batterie, trompette, euphonium, saxophones soprano et ténor développent leur chant en parallèle.
En conclusion : 59 minutes de pur bonheur, un des plus passionnants albums de ces dernières années. Un album à découvrir d’urgence et une formation à voir en concert pour l’indéniable aspect visuel du groupe.

Claude Loxhay

 


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